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Avr 14 2016

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Juif de Galilée tu me demandes à boire?

juifLa rencontre de Nicodème avec Jésus avait eu lieu la nuit. Celle de la Samaritaine se déroule en plein jour. Nicodème était un personnage notable pour un juif. La Samaritaine est une inconnue, une étrangère. L’histoire n’a pas retenu son nom. Nicodème voulait rencontrer Jésus; il en avait entendu parler et il était venu exprès pour le voir et s’entretenir avec lui. La Samaritaine, elle, c’est tout à fait par hasard qu’elle le rencontre et fait sa connaissance. Cette rencontre, l’évangéliste la situe dans les débuts de la vie publique de Jésus. Celui-ci voulait se rendre de la Judée en Galilée. Il lui fallait pour cela traverser la Samarie, région intermédiaire entre la Judée au sud et la Galilée, au nord.

Pour les juifs il faut éviter la Samarie

Pour les Juifs, la Samarie était une région à éviter. Pour se rendre du sud au nord, ils préféraient remonter la vallée du Jourdain. Ils considéraient, en effet, les Samaritains comme des gens peu fréquentables. A leurs yeux, ils étaient des dissidents, des schismatiques et des hérétiques. Comme tels, ils étaient exclus de la communauté d’Israël. Ils avaient leur culte particulier, leur temple sur le mont Garizim, un temple rival de celui de Jérusalem, dans lequel ils adoraient, à côté de Yahvé, d’autres divinités. Pour tout dire, ils étaient, pour les Juifs, pires que les païens. Il fallait donc éviter toute relation avec ces gens-là. Jésus, lui, en a décidé autrement. Avec le groupe de ses disciples, il traverse le pays maudit, en empruntant la route qui passe non loin de Sychar. La région est dominée par le mont Garizim sur lequel s’élevait précisément le temple rival.

Vers la sixième heure (midi), la petite caravane " parvient à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait jadis donnée à son fils Joseph, là même où se trouve le puits de Jacob ". Jésus, fatigué du chemin, s’assied tout simplement près du puits. Les disciples, eux, vont à la ville acheter de quoi manger. Silence et solitude de cette heure de midi, dans la campagne. Il n’y a d’autre vie que la lumière. Or voici qu’une femme du pays vient pour puiser de l’eau. De cette femme, nous ne savons rien. Jean ne nous la présente pas. Quelle est sa situation sociale ? Son âge, sa physionomie ? Deux choses seulement sont retenues : C’est une femme de Samarie, et elle vient pour puiser de l’eau. Les deux seules choses, à vrai dire, qui importent ici. Jésus, lui, se repose près du puits. Présence silencieuse avec son poids de fatigue humaine. C’est à partir de ce poids d’incarnation que va s’amorcer la rencontre. Jésus a soif. Mais il n’a rien pour puiser. Voyant la femme s’approcher, il lui demande : " Donne-moi à boire."

Comment ! Tu es juif et tu me demandes à boire...

Demande toute banale, toute naturelle en soi, et qui cependant provoque l'étonnement de la femme. Celle-ci, en effet, a tout de suite remarqué qu’elle avait affaire à un Juif, soit à l’accent, soit au vêtement de l’inconnu. " Comment! s’exclame-t-elle. Tu es Juif et tu me demandes à boire, à moi qui suis une femme samaritaine !". L’étonnement et la réflexion de cette femme nous jettent en pleine complexité des rapports humains, avec tout ce qu’ils comportent de conflictuel . Que de choses sous-entendues dans l’exclamation de la Samaritaine ! Au rapport " homme femme ", s’ajoutent ici le rapport " Juif/non-Juif ", ainsi que le rapport " croyant/non-croyant ". L'étonnement de la femme devant la demande de Jésus fait apparaître toute béante la distance qui sépare ces deux êtres, le fossé creusé par l’histoire, la culture, les croyances. Ces deux êtres appartiennent à deux peuples voisins, mais qui se détestent cordialement. Deux peuples aussi opposés que le jour et la nuit. Rien ne prédispose Jésus et la Samaritaine à se rencontrer vraiment.

Dans la remarque de la femme, on sent peser tout le poids du mépris ancestral dont les Juifs accablaient les Samaritains : " Comment ! Toi qui es Juif, tu oses me demander à boire ! " Comme si elle lui disait : " Tu oses t’abaisser à ce point ! Ne crains-tu pas de te souiller ? ". La réflexion de la Samaritaine renvoie Jésus à ses origines humaines. Elle l’enracine dans un peuple, une culture, une histoire, avec tout ce que cela signifie de particulier, de limité et d’exclusif : " Toi qui es Juif ! " Nous voici au cœur de la rencontre humaine et de tous ses conflits .
Mais Jésus ne se laisse pas enfermer dans ces catégories. Sans rien renier de son identité juive, il prend d’emblée de la hauteur et se place sur un autre terrain, celui de sa mission : " Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive. "

Eloi Leclerc "Le maître du désir" Desclée de Brouwer

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baboune25

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