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Mar 12 2016

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Athènes et Grèce: pillées par les Romains

AthènesA l’orée de la seconde moitié du premier siècle, Athènes et son rayonnement sont intacts, mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus de Grèce. La prise de Corinthe par les Romains  et leur domination confirmée  partout en ont sonné le glas. Les campagnes sont  devenues désertiques, des villes ruinées, des temples à l’abandon, les socles des statues dérobées. Quelle déchéance ! Seule Corinthe semble épargnée.

Pourtant Athènes continue de fasciner tout ce qui pense. Cicéron y est venu s’initier aux mystères d’Eleusis. Horace, Virgile,  Ovide, tant d’autres ont tenu à y accomplir de longs séjours. Dans le seul dessein d’étudier à l’Académie, au Lycée, au Jardin, au Portique, les étudiants accourent de toute l’Italie. Quand Paul arpente la ville, des foules hétéroclites s’y bousculent. Sur l’agora, ce centre politique et artistique de la cité où s’écrivit l'histoire, où furent représentées les premières pièces de théâtre et les premières chorégraphies, on ne trouve plus que des bavards. Ici Luc est un miroir : " Tous les habitants d’Athènes et tous les étrangers en résidence- passaient le meilleur de leur temps à raconter ou à écouter les dernières nouveautés".

Athènes ville d'idoles

Paul  est  déconcerté: " Il avait l’âme bouleversée de voir cette ville pleine d’idoles. " Il ne trouve un peu de paix qu’à la synagogue où, fidèle à lui-même, il harangue  non seulement les juifs mais les " craignant-Dieu ", toujours eux. L’agora est pleine de philosophes qui enseignent chacun sous un portique. Pourquoi ne se mêlerait-il pas à eux ?

D'après Luc : "Il y avait même des philosophes épicuriens et stoïciens qui s’entretenaient avec lui. Certains disaient: "Que veut donc dire cette jacasse " ?" Et d’autres : " Ce doit être un prédicateur de divinités étrangères."  On comprend la stupeur des Athéniens en voyant ce petit  homme barbu s’acharner à annoncer la résurrection d’un juif  inconnu. Quel intérêt? Quelle importance ? Certains finissent pourtant par exiger qu’il les suive pour exposer plus complètement son étrange théorie.  "Ils mirent la main sur lui, dit Luc, pour le conduire devant l’Aréopage. "

Il ne va pas s’adresser aux Athéniens de la même façon qu’aux braves gens du peuple. Il a pleinement conscience d’avoir affaire à des hommes non seulement éclairés mais singulièrement subtils. Ils sont philosophes ? Parlons donc le langage des philosophes :

Habitants d'Athènes, je vous considère à tous égards comme des hommes presque trop religieux. Quand je parcours vos rues, mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j’ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription: " Au Dieu inconnu " Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c’est ce que je viens, moi, vous annoncer. Le Dieu qui a créé l’univers et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des temples construits par la main des hommes et son service non plus ne demande pas de mains humaines, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie et le souffle, et tout le reste.

Athènes et l'hellénisme très actuel !

Car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’air, comme l’ont dit certains de vos poètes : " Car nous sommes de sa race. " La dernière partie de phrase n’est autre qu’une citation des Phénomènes d’Aratos  qui écrivait au 3ème siècle av. J . Il continue :" Alors, puisque nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité ressemble à de l’or, de l’argent, ou du marbre, sculpture de l’art et de l’imagination de l’homme. Et voici que Dieu, sans tenir compte de ces temps d’ignorance, annonce maintenant aux hommes que tous et partout ont à se convertir. Il a en effet fixé un jour où il doit juger le monde avec justice par l’homme qu’il a désigné, comme il en a donné la garantie à tous en le ressuscitant d’entre les morts.

Même si le nom de Jésus n’a pas été prononcé, l’annonce qu’un humain a été chargé par Dieu de faire connaître à ses semblables le jour où le monde serait jugé , et surtout la proclamation de la résurrection de cet inconnu déchaînent l'hilarité. L’épicurisme et le stoïcisme, dont se réclament alors les Grecs, se rencontrent sur le refus  d’un dieu  distinct de l’univers. L’hellénisme ne  conçoit de survie que dans l’esprit de ceux qui entretiennent la mémoire des disparus.  Au mot de "résurrection des morts", les uns se moquaient, d’autres déclaraient : "Nous t'entendrons  là-dessus une autre fois. C’est ainsi que Paul les quitta. "

Paul a connu des échecs. Il en essuiera d’autres. Celui-ci aura été le plus cuisant. On ne l’a pas insulté, il n’a pas été conduit en prison, il n’a pas été flagellé, mais on s’est amusé de ses paroles. On le devine se taisant sous les moqueries. Ses épaules s’affaissent, il semble que tout son corps se délite. L’Aréopage ne s’occupe plus de cette quantité négligeable. Les sages se dispersent.

D'après L'avorton de Dieu ,une vie de Saint Paul d'Alain Decaux

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