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Mar 15 2016

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Croire, à quoi ça sert ? dit l'insensé...

croire Voilà ce qu'écrivait André Frossard au sujet du croire,  au "siècle dernier" , en 1990 plus exactement, très vrai et toujours d'actualité comme tout livre prophétique ( Dieu en Questions ). Du point de vue moral, bien des incroyants égalent ou surpassent les croyants en bonté, en dévouement, en probité ou dans l’exercice des vertus sociales et familiales; s’il y a eu des progrès dans le domaine social, c’est aux révolutionnaires athées qu’on les doit, plutôt qu’aux chrétiens, longtemps enclins à renvoyer la justice à un monde meilleur : s’ils sont plus attentifs aujourd’hui aux droits des pauvres, c’est précisément dans la mesure où ils croient un peu moins au paradis, et un peu plus à ce monde-ci."

A quoi sert-il de croire ?

Du point de vue intellectuel, la différence est mince entre celui qui croit, et qui doute la plupart du temps, et celui qui ne croit pas, en s'interrogeant sans cesse. Finalement, ils sont tous deux en recherche, et croire, ou croire que l’on croit, ne fait que simplifier arbitrairement le problème, qui est de savoir "pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien", et l’on a plus de chances de le résoudre quand on ne croit pas que lorsqu'on lui donne les réponses toutes faites de la foi. En ce qui concerne la destinée individuelle, les articles de foi n'étant pas des preuves, le croyant n'est pas mieux informé que l’incroyant. Donc, rien ne sert de croire.

L’insensé dit en son cœur : il n’y a pas de Dieu .

Tout ce que l’on vient de dire sur la morale et la vie, intellectuelle ou sociale, peut être invoqué à l'avantage de la religion. La morale privée du milieu révolutionnaire athée où j’ai été élevé, était la même que celle des catholiques d'en face; elle avait la même origine judéo-chrétienne, et si elle ignorait délibérément le premier des dix commandements, elle pratiquait les autres sans même y penser.

Sur le plan social, les fidèles faisaient effectivement preuve d’une résignation excessive, due au pessimisme engendré chez eux par des siècles de jansénisme rampant, qui les mettait constamment au bord de la damnation et endeuillait en permanence leurs églises et leurs pensées. Situation pénible à laquelle n’apportait aucun adoucissement le despotisme clérical. On pourrait résumer leur psychologie en disant qu'ils aimaient peut-être leur prochain comme eux-mêmes, mais pas plus. ll reste que c'était bien l'amour du prochain, autre valeur judéo-chrétienne, qui mettait la gauche en mouvement vers la justice.

L'athéisme systématique a produit des résultats catastrophiques et il est impossible de dénombrer ses victimes. Nous aurons vu surgir en plein XXème siècle deux monstres d'une espèce encore inconnue, deux dragons totalitaires qui se seront regardés quelque temps d'un œil vide de tout sentiment avant de se jeter l'un contre l'autre. Le dragon hitlérien a fini dans une mare d'essence enflammée, à l'orifice du souterrain de Berlin où il s’était tapi avec sa haine et ses rêves. Le dragon stalinien lui a survécu dix ans, et si le système donne aujourd'hui des signes de lassitude, si l'on aperçoit des fêlures dans sa carapace, il n'en aura pas moins écrasé pendant des dizaines d'années d'innombrables populations sous ses écailles de fer, et engendré un dragon chinois qui vient encore de souffler la terreur et le mensonge sur Pékin. Spectacle consternant, nos intellectuels les plus répandus se seront penchés sur l'une ou l'autre de ces bêtes d’Apocalypse, et, tout occupés à pérorer dans les nuages, ils n'auront pas entendu le gémissement qui montait de la terre.

 Croire ... pourquoi ?

L’Occident a échappé aux horreurs de l'idéologie incarnée en raison de sa très ancienne culture chrétienne, qui a contraint l'athéisme à prendre la forme tolérable de la laïcité en le préservant de l'esprit de système : la laïcité a chez nous ses accès de fanatisme anticlérical, mais elle n'a jamais ( jusqu'à présent) fermé les églises; c'est l’un des cas où la foi sauve la raison de sa pente naturelle, qui, en politique, l'entraîne vers l'absolutisme.

L'athéisme philosophique, mis à part Karl Marx, titulaire d'une pensée forte, le monde en sait quelque chose depuis soixante-dix ans, n’a jamais été le fait que de philosophes de deuxième ordre du XVIII ème ou du XIXème siècle, et il a disparu avec eux. Livré à l’athéisme matérialiste ou à l’insolente domesticité du veau d’or, abandonné à son sort par des penseurs qui ne pensent qu’eux-mêmes, l’être humain est de plus en plus seul avec les appareils automatiques qui forment sa compagnie ordinaire dans les gares, le métro, les parkings, les cafeterias, qui ne desserrent les dents que pour lui tirer la langue d’un ticket, ou croquer le sien, lèvent des bras articulés pour lui livrer passage, lui distribuent le café, le chocolat, l’omelette sous cellophane et lui rendent la monnaie, de peur qu’il n’aille s’adresser à un employé vivant.

A quoi sert de croire? Nous voyons bien à quoi sert de ne pas croire : à être seul sur cette terre, qui est le moins fixe de tous les domiciles, et à ne jamais entendre, en réponse aux questions que le cœur se pose, une autre voix que la sienne.

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